Faire un don
21.10.2026

L'éveil précoce pose les bases

La Namibie réorganise l'accompagnement de la petite enfance et l'intègre davantage dans le système éducatif. Dans un entretien avec Comundo, Edda W. Bohn explique pourquoi cette démarche est importante, ce qu'elle signifie pour les enfants en situation de handicap et pourquoi des approches telles que celle de Side by Side sont novatrices.

Edda W. Bohn (à gauche) en compagnie de Sanet Steenkamp, directrice de l'Éducation namibienne (à droite)

Edda W. Bohn est directrice adjointe du ministère namibien de l’Éducation, de l’Innovation, de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture (Ministry of Education, Innovation, Youth, Sports, Arts and Culture, en abrégé MEIYSAC). L’entretien a été mené par Anna Hartmann, responsable du programme national de Comundo en Namibie.

 

Madame Bohn, pourquoi la Namibie souhaite-t-elle investir davantage dans la petite enfance ?

Bohn: Les premières années de vie posent les bases du développement futur d’un enfant. Un bon accompagnement de la petite enfance améliore les chances à l'école, réduit le redoublement et a un impact positif à long terme sur les revenus et la société. Des études menées en Namibie montrent que chaque dollar namibien investi peut générer à long terme un bénéfice économique pouvant atteindre 17 à 18 dollars namibiens.

 

Concrètement, comment cet accompagnement doit-il se dérouler ?

Bohn: Nous voulons accompagner les familles et les enfants dès le plus jeune âge. Cela passe par des visites à domicile, la formation des parents et des services de santé pendant les 1 000 premiers jours. Parallèlement, davantage d’enfants doivent avoir accès à des crèches et à des structures préscolaires de qualité. Il est important de mieux articuler entre eux les domaines de la santé, de la nutrition, de la protection de l’enfance et de l’éducation.

 

Jusqu’à présent, l’éducation de la petite enfance ne relevait pas du ministère chargé de l’éducation. Qu’est-ce qui va concrètement changer avec ce transfert vers le ministère de l’Éducation ?

Bohn: L’éducation de la petite enfance ne sera ainsi plus considérée avant tout comme une prise en charge sociale, mais comme une partie intégrante du parcours éducatif. Le programme d’enseignement destiné aux enfants de zéro à cinq ans sera harmonisé avec l’école maternelle et les trois premières années d’école primaire. Cela permettra de créer un parcours d’apprentissage continu, de la petite enfance jusqu’à l’école primaire.

 

Quel rôle joue la formation des professionnel·les de l’accueil ?

Bohn: Un rôle très important. Jusqu’à présent, de nombreuses formations consistaient en des cours de courte durée, sans reconnaissance uniforme ni parcours professionnel clair. À l’avenir, des normes de formation contraignantes, des diplômes reconnus et des formations continues régulières permettront d’améliorer la qualité.

 

En quoi une meilleure formation change-t-elle le quotidien des enfants ?

Bohn: Des professionnel·les bien formé·es ne se contentent pas de surveiller les enfants. Elles et ils les stimulent grâce à des activités ludiques adaptées à leur âge et favorisent ainsi leur développement intellectuel, social, émotionnel et moteur. Cela permet de détecter plus tôt les retards de développement, d'adapter le matériel pédagogique et d'accompagner de manière plus ciblée les enfants ayant des besoins particuliers.

 

Quelle est l’importance de l’inclusion dans ce contexte ?

Bohn: L’inclusion est un principe fondamental de la politique éducative namibienne. Aucun enfant ne doit être exclu de l’accès à l’éducation de la petite enfance en raison d’un handicap ou d’un retard de développement. Cela nécessite des locaux accessibles, du matériel pédagogique adapté, des plans de soutien individuels et suffisamment de temps consacré à chaque enfant. L’enseignement dans la langue maternelle, les offres bilingues et la langue des signes namibienne en font également partie.

 

Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles en matière d’inclusion ?

Bohn: Les retards de développement et les handicaps ne sont pas encore détectés précocement partout. De nombreux établissements ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite et ne disposent guère de matériel pédagogique adapté. De plus, les compétences spécialisées font défaut, en particulier dans les régions rurales et isolées. Il n’existe pas non plus partout de données fiables sur les jeunes enfants en situation de handicap.

 

Quelle sera désormais la prochaine grande étape pour le gouvernement namibien dans le domaine de l’éducation de la petite enfance ?

Bohn: Il est prévu que le ministère de l’Éducation (MEIYSAC) prenne entièrement en charge, à compter du 1er janvier 2027, la supervision, l’assurance qualité, l’enregistrement ainsi que le versement des subventions destinées aux structures d’accueil de la petite enfance. Il est également prévu d’octroyer des subventions par enfant aux structures enregistrées, ainsi que de renforcer progressivement les exigences en matière de formation des professionnels.

 

Qu’est-ce qui vous tient particulièrement à cœur pour l’avenir ?

Bohn: Nous sommes conscients qu’une meilleure formation des professionnel·les contribue à la qualité de l’éducation de la petite enfance ; il s’agit de passer d’une simple prise en charge à un apprentissage centré sur l’enfant et basé sur le jeu. Nous pouvons ainsi améliorer considérablement la préparation des enfants à l’entrée à l’école, détecter précocement les retards de développement et accompagner de manière ciblée les enfants ayant des besoins particuliers. 

 

Merci beaucoup pour cet entretien.

Un grand avenir commence par de petites choses

Article de blog, Éducation en Namibie


Imaginez que votre enfant soit laissé de côté, sans accès à l’éducation ni au soutien nécessaire pour s’épanouir. C’est le quotidien de nombreux enfants en situation de handicap dans les zones rurales de Namibie. Grâce à un accompagnement précoce adapté, une crèche modèle développée par Side by Side et Comundo prouve qu’un avenir différent est possible. Un projet qui ouvre la voie à une prise en charge inclusive en Namibie. 

 

Lire l'article