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28.04.2026 | Pérou, Climat et environnement

Pérou : l'arrogance des multinationales

La multinationale suisse Glencore investit des millions pour tenter d'améliorer son image. Cependant, ses pratiques, qui ne respectent pas les droits des populations autochtones, restent inchangées. Comundo reste vigilant. Etat des lieux avec notre coopérante au Pérou Thomas Niederberger, anthropologue.

Dans la province d’Espinar, dans le sud du Pérou, l’extraction du cuivre représente à la fois une promesse économique et une source de profondes injustices sociales et environnementales. C’est dans ce contexte complexe que s’inscrit mon travail de coopérant en soutien aux organisations locales qui luttent pour une exploitation minière plus responsable.

Une extension souhaitée par les actionnaires, mais redoutée par les populations autochtones

Au cœur des tensions se trouve la mine d’Antapaccay, exploitée par la multinationale Glencore, qui prévoit une importante extension qui garantira l’extraction pour les 40 prochaines années, au moins. Le projet (présenté lors d’une conférence des actionnaires en décembre 2025 sous le slogan « Très facile : très bientôt, nous allons commencer à creuser, creuser, creuser ») vise à doubler la production et à prolonger l’activité minière pendant des décennies, mais il suscite de graves inquiétudes au sein des communautés autochtones. C'est le cas en particulier pour les peuples de langue quechua K’ana, historiquement liés à ces terres.

L’un des principaux problèmes concerne l’acquisition des terres. Deux communautés – Pacopata et Huini Coroccohuayco – risquent d’être déplacées de force sans qu’un processus de consultation adéquat ait été mené. Selon les normes internationales, les populations autochtones ont droit à un consentement libre, préalable et éclairé, ainsi qu’à des compensations garantissant des conditions de vie équivalentes ou meilleures. Cependant, les négociations se déroulent de manière peu transparente, sans observateurs indépendants et avec des pressions exercées sur les dirigeants locaux.

Lieux de vie des communautés vouées à disparaître pour faire place à l’extension prévue par Glencore dans la région d’Espinar.

Plus personne ne croit au mythe de la "minéralisation naturelle "

Parallèlement, la région souffre depuis des années d’une grave pollution environnementale, que Glencore s’obstine à qualifier encore de « minéralisation naturelle », bien que l’État péruvien ait produit l’une des études de causalité les plus approfondies jamais réalisées (au niveau international !), démontrant que la mine est une source de contamination. La grande qualité de cette étude a également été confirmée par Bernhard Wehrli, spécialiste indépendant en la matière à l’École polytechnique fédérale de Zurich, selon lequel il existe un lien de cause à effet clair entre les activités minières dans la zone et la pollution de l’eau liée à l’exploitation minière.

Les preuves que la mine est responsable du grave problème de pollution à Espinar sont accablantes, à tel point qu’en octobre 2025, Glencore a été condamnée par l’OEFA (Organismo de Evaluación y Fiscalización Ambiental, Organisme d’évaluation et de contrôle environnemental) à une amende de 5,5 millions de soles (1,6 million de dollars) pour la pollution atmosphérique causée par la poussière dans la fosse sud de sa mine d’Antapaccay. Il s’agit de l’une des sanctions environnementales les plus élevées infligées par l’OEFA. Glencore fait par ailleurs actuellement l’objet d’une procédure judiciaire engagée par la Plateforme des personnes touchées par les métaux lourds toxiques d’Espinar, dont les premières audiences ont enfin lieu ces dernières semaines.

 

 

Au Pérou depuis quatre ans, je connais bien la région et je me suis rendu sur place à plusieurs reprises. Ici, en compagnie d’un agriculteur âgé qui a vu mourir bon nombre de ses bêtes en raison de la pollution.
Au Pérou depuis quatre ans, je connais bien la région et je me suis rendu sur place à plusieurs reprises. Ici, en compagnie d’un agriculteur âgé qui a vu mourir bon nombre de ses bêtes en raison de la pollution.

Diviser pour mieux régner : la stratégie de Glencore est clair 

La stratégie mise en œuvre jusqu’à présent par la multinationale a consisté à nier ses responsabilités, en remettant en cause le professionnalisme des études et en minimisant les revendications des populations autochtones. Il serait toutefois nécessaire d’intervenir rapidement, car les conséquences pour la population sont dramatiques : perte de bétail, difficultés dans l’agriculture, manque d’accès aux services de base. La volonté de conplexifier une réponse collective de la part de la population autochtone est également manifeste, notamment en privilégiant certains groupes au détriment d’autres, ce quin alimente un climat de méfiance et de division. 

Est-ce le montant de prendre un tournant ?

Il se pourrait qu’au siège de Glencore à Zoug, en Suisse, on comprenne qu’un changement d’attitude s’impose envers sa filiale Antapaccay. Jusqu'ici, celle-ci a bénéficié d'une (trop?) grande autonomie dans ses décisions : soudainement, la multinationale se montre en effet disposée à renégocier l’« accord-cadre » avec la province d’Espinar, une revendication populaire de longue date. Cependant, après des années de mauvaise foi dans les négociations avec la province, il est difficile de croire en ses bonnes intentions. Des mesures concrètes s’imposent, comme la reconnaissance des dommages et l’octroi d’indemnités ; le respect des accords conclus ; la publication des données de surveillance environnementale ; la protection de l’espace civique et des voix critiques.

Mon travail contribue à donner la parole aux communautés. Thomas Niederberger, cooperant de Comundo

Comundo et ses coopérant.es agissent pour renforcer les organisations locales et défendre les droits humains, donnant ainsi aux communautés les moyens de se faire entendre. L'objectif est d’améliorer concrètement les conditions de vie et de favoriser un dialogue plus équitable entre la population, les autorités et les entreprises. Dans une large mesure, il reste vrai que la population d’Espinar ne s’oppose pas radicalement à la mine ; cela signifie qu’il existe une base fiable pour parvenir à des accords, si l’on aborde la question de bonne foi et avec la volonté d’offrir une participation équitable aux bénéfices records attendus du boom du cuivre.

Votre soutien permet le travail des coopérant.es de Comundo. Merci !

De Thomas Niederberger | 28 avril 2026 | Pérou

 

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Coopérant·e

Thomas Niederberger
Anthropologue et journaliste

E-Mail

Données essentielles

Durée
01.01.2026 - 31.12.2027

Région
Lima / Pérou

Thèmes
Droits humains et démocratie

Détails du projet