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09.01.2020

A Lima pour défendre les droits des femmes

La coopérante Nadège Piller, arrivée au mois de Novembre 2019 à Lima, prend ses marques dans ce nouvel environnement. Engagée pour trois ans au sein de l’organisation partenaire Católicas por el Derecho a Decidir (CDD), Nadège nous fait découvrir le contexte dans lequel cette ONG locale lutte. Lettre de nouvelles n°1.

Les Católicaspor el Derecho a Decidiragis-sent pour que les femmes soient reconnues comme des citoyennes à part entière, jouis-sant de libertéspour toutes les décisions qui concernent leur vie, leur corps et leur sexuali-té. Et elles sont loin d’enfoncer des portes ouvertes: lesobstacles à la liberté des femmessont divers et nombreux. Les discri-miations -souvent multipes-, dont elles sont victimes peuvent conduire àde graves viola-tions des droits fondamentaux. Les violences sexuelles, les disparitions, les féminicides ou encore la maternité infantilefont partie de la réalité des femmes et des filles au Pérou, et la loi ne les protège pas suffisement. Par exemple, l’avortement n’est pas autorisé -même en cas de viol-, à moins que la vie de la femmeou de la fille ne soit mise en danger par la grossesse. Dans ce cas,il s’agit d’un avortement dit thérapeutique. Cette interven-tion est légale, mais tout le monde ne le sait pas, et elle est encore stigmatisée(pour des questions religieuses, notamment). Ainsi, elle n’est pas toujours demandéepar la patiente ou sa famille, ni même proposéepar le per-sonnel médicallorsqu’elle pourrait, voire de-vrait,être pratiquée.C’est là que CDD-Perú intervient: en collaboration avec le Ministère de la Santé, l’équipe a développé un proto-cole de prise en charge intégrale de la pa-tiente en cas d’avortement thérapeutique. Maintenant, elle veille à la diffusion de ce protocole auprès des centres de Santé de diverses régions du pays en y organisantdes ateliers de formation, puiselle réalise un suivi de son application en supervisant un monito-rage local.

Le Pérou, un État laïque ?

CDD-Perú intervient également dans le débat public, par des campagnes de sensibilisation, sur les droits des femmes et des filles, mais aussi sur d’autres thèmes plus globaux. Elles mènent par exemple une campagne pour un État laïque.Là non plus, ce n’est pas gagné d’avance ! Les anti-progressistes, issus des rangs de l’Église catholique, mais aussi des Églises évangéliques, ne se laissent pas faire. Ils ont la dent dure et n’hésitent pas à riposter à coup de procès ou de cyber-attaques. J’ai déjà eu l’occasion d’en recontrer lors d’une réunion pour consultation des organi-sations de croyant-e-s sur les futures directives nationales pour l’éducation intégrale de la sexualité, et lors d’une conférence publique sur la liberté de religion au Pérou. Ils y ont fait part de leurs inquiétudes quant à la perte des « valeurs morales » de « leurs » en-fants si l’on aborde, à l’école, les ques-tions d’identité de genre ou d’orientation sexuelle, des questions pourtant essentielles pour éviter les discriminations et garantir à toutes et tous un bien-être et une place égale dans la société. Un tel clivage existe dans de nombreux autres pays –même en Suisse. Mais au Pérou, pour des raisons historiques, l’Église catholique jouit d’une position juridique privilé-giée, garantie par un concordat signé avec le Vatican en 1980 et une consti-tution remaniée en 1993, à l’époque de Fujimori.

Catholiques et féministes

Le fait qu’une organisation se définisse comme catholique et œuvre pour la déstigmatisation voirela dépénalisation de l’avortement peut paraître suprenant. Et pourtant, les Católicas por el Derecho a De-cidir sont bien catholiques et féministes. Elles considèrent la liberté de conscience, principe garanti par la doctrine catholique, comme base de la dignité humaine. Elles sont d’avis que l’Église doit être proche de la réalité vécue par ses membres et doit pouvoir apporter des réponses à l’évolution actuelle de la société. Et, surtout, pour elles, l’exercice des libertés citoyennes et le respect des droits humains ne sont garantis que par un État laïque, soit un État clairement séparé de l’Église et de la religion.

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Des perpectives d’apprentissage infinies

Vous l’aurez compris, mon engagement auprès de CDD-Perú ne s’annonce pas de tout repos! Je devrai non seulement trouver mon rôle au sein de cette équipe de femmes compétentes et dynamiques pour mener avec ellesle combat vers une société plus juste et égalitaire, mais aussi découvrir l’histoire du Pérou, sa politique, sa, ou plutôt ses cultures (notamment les cultures indigènes). Ainsi, je pourrai tenter d’identifier les multiples défis institutionnels et sociétaux générés par ce contexte si complexe. Et au delà des frontières du Pérou, il y a tout un continent qui partage un passé –voire un présent –de violences politiques et économiques, dont on parle trop peu en Europe. Qu’est-ce que je fais à Lima?Cette question que je me suis posée dans lebus sur l’avenue Javier Prado trouve déjà réponse dans ces perspectives d’apprentissage et d’évolution personnelle.

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Le projet

Renforcement des droits sexuels et reproductifs

Un projet pour la reconnaissance des femmes en tant que citoyennes égales et libres de décider de leur vie, de leur corps et de leur sexualité. Nadège soutient l'organisation partenaire de Comundo dans la communication et la gestion de projet.

 

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