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08.09.2022 | Pérou, Sécurité alimentaire et revenus

Jesús a dû apprendre à tricoter

Petronila Quispe Champi (82 ans) et Jesús Medina Guzman (79 ans) traversent ensemble toutes les épreuves de la vie depuis plus de 40 ans. Avec l’âge et les problèmes de santé qui s’accumulent, plus personne ne veut les employer. Et pour survivre, juste une modeste pension à la clé. Alors Jesús tricote des bonnets en laine et Petronila élève des poulets. Au Pérou, d'autres personnes âgées collectent et revendent des déchets.

Avant, eux aussi collectaient des bouteilles vides et les revendaient. Mais avec le Covid-19 et ses restrictions, Petronila et Jesús ont perdu ce moyen d'arrondir leur maigre retraite, insuffisante pour vivre. Et leurs enfants, adultes, ont trop peu de ressources pour les soutenir. 

Organisation partenaire de Comundo, Kallarisunchis fournit aux aîné·e·s touché·e·s par la précarité des produits de première nécessité et les aide à devenir plus autonomes : ainsi, pendant la pandémie, Jesús a appris à tricoter, alors que Petronila a reçu une aide pour l'achat de poulets. La vente de leurs produits sur le marché local les aide à subvenir à leurs besoins. Jesús et Petronila m’ont raconté leurs difficultés et le défi que de devoir lutter quotidiennement pour survivre.

Dans cette courte interview vidéo, Petronila m'a notamment parlé de ses difficultés à arrondir ses fins de mois en collectant des bouteilles en verre vides : 

Survivre, ensemble...

Depuis bientôt 30 ans, Jesús et Petronila bravent ensemble les conditions climatiques difficiles de Cusco, à 3400 mètres d'altitude,  l'exclusion sociale renforcée lors de la pandémie Covid-19 et leurs conditions de vie précaires. Lorsque la santé de Petronila s'est détériorée et qu’il a fallu payer des opérations, leurs maigres économies épuisées, l'argent a manqué pour payer le loyer. Le fils de Jesús leur a alors acheté un terrain dans le quartier de San Jerónimo et construit une modeste habitation. Ils en sont reconnaissants, car les deux fils biologiques de Petronila ne s'occupent pas d’elle. Une réalité pour de nombreux seniors au Pérou : les enfants considèrent leurs parents devenus âgés comme un fardeau, s’en détournent ou les chassent du domicile commun, parce que l'argent est rare et qu’ils ne peuvent pas subvenir aussi à leurs besoins.

«Les enfants se détournent de leurs parents lorsque ceux-ci deviennent plus âgés et plus fragiles, et considèrent souvent la génération la plus âgée de la famille comme un fardeau.»

Jesús Medina Guzman a appris à tricoter à un âge avancé.
Jesús Medina Guzman a appris à tricoter à un âge avancé.
C'est aussi grâce à leur nouvel élevage de poulets que Petronila et Jesús peuvent améliorer leurs revenus.
C'est aussi grâce à leur nouvel élevage de poulets que Petronila et Jesús peuvent améliorer leurs revenus.

«Luttez avec moi contre la pauvreté des personnes âgées au Pérou. Je vous remercie»

Fabienne Haldimann

 

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Une pension minimale

À leur âge, Jesús et Petronila doivent désormais s’en remettre à la maigre pension qu’ils reçoivent, et à diverses activités d’appoint. Pour bénéficier d’une rente, un fonctionnaire du Ministère du développement et de l’inclusion sociale est venu constater leurs conditions de vie, leurs biens supposés et ceux de leurs enfants, et vérifier s’ils y avaient droit. Atteinte dans sa santé, Petronila a été la première à recevoir une pension, suivie 2 ans plus tard par Jesús. Au total, le couple perçoit 250 PEN chaque mois pour survivre, l’équivalent de CHF 65.- ! Une somme qui ne permet pas de couvrir leurs besoins vitaux essentiels, et qui n’est pas parvenue à destination durant 4-5 mois lors du Covid-19. Pendant cette période, Kallarisunchis leur a distribué des paquets de nourriture et aidé le couple à joindre les deux bouts.

Pension65

Au Pérou, les personnes âgées en situation de précarité peuvent obtenir le versement d'une rente de vieillesse minimale, la Pension65, mais il ne s’agit pas d’un droit comme en Suisse. Souvent une seule pension est versée par ménage, et les listes d’attente pour l’obtenir sont longues parce que l’Etat manque de ressources pour procéder à toutes les vérifications nécessaires. Et les liquidités font souvent défaut pour leur versement, tous les 2 mois, donnant lieu à d’interminables queues devant les établissements de la Banco de la Nacion Peru...

Jesús tricote, vaillamment

Les activités d’appoint sont devenues, plus que jamais, une nécessité. Petronila avait commencé à collecter des bouteilles vides pour le marché du recyclage, mais avec ses problèmes de santé et la pandémie, et des acheteurs qui payaient de moins en moins cher les produits collectés, elle a cessé cette activité. Les animaux d’élevage qu’ils possédaient ne trouvant plus preneur sur les marchés, le couple les a utilisés pour leur propre consommation. Jesús, toujours vaillant, acceptait des travaux agricoles rémunérés, et s’est remis au tricot, qu’il avait appris avant la pandémie dans un cours organisé par Kallarisunchis. Une activité que Petronila, jadis experte, n’est plus en mesure de réaliser à cause de sa vue. Alors à ses côtés elle le soutient, et observe attentivement s’il fait les points qu’il faut pour produire des gants, des châles et des pulls traditionnels de qualité qui feront des heureux sur les marchés touristiques de Cusco.

Aide d’urgence et rencontres sociales

Des personnes âgées comme Jesús et Petronila, mon organisation partenaire, Kallarisunchis, en soutient des centaines. À San Jerónimo, plus de 240 personnes âgées vivent dans une situation d’extrême précarité voire d’urgence, et Kallarisunchis est leur seul point de contact. L’organisation leur distribue de la nourriture ou les aide à acheter des médicaments. Mais une part essentielle de notre action est de lutter contre leur exclusion sociale.

Périodiquement, nous organisons des événements comme les watias, une journée de rencontre sociale avec des activités autour d’un picnic traditionnel. Et comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus, nous avons récemment pu organiser la première watia depuis la fin de la pandémie, et la joie des seniors de se retrouver était manifeste ! Cela nous permet de belles rencontres et des contacts avec les personnes âgées, de prendre des nouvelles de leur santé et de connaître les problèmes qu’ils et elles vivent au quotidien et leurs besoins. Une activité essentielle pour les soutenir dans leur participation et leur intégration au sein de la communauté, et pour leur offrir un espace d’échanges et d’émotions auquel ils et elles aspirent.

De Fabienne Haldimann

 

Découvrez la galerie de photos de la watia que nous avons organisée











De Fabienne Haldimann | 8 septembre 2022 | Pérou

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Fabienne Haldimann

Travailleuse sociale

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Au Pérou, les personnes âgées sont souvent laissées à elles-mêmes. De plus, beaucoup ne savent pas lire et ne peuvent donc pas s'informer sur les offres de soutien. Fabienne Haldimann encourage le conseil actif et l'autonomisation des personnes âgées afin qu'elles puissent améliorer leur qualité de vie par leurs propres moyens.

 

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