Faire un don
17.12.2020 | Nicaragua, Sécurité alimentaire et revenus

De l’agroécologie dans les montagnes du Nicaragua

Depuis 1 année, Ludovic Schorno, agronome de 28 ans originaire de la région de Morat (FR), est engagé dans le nord du Nicaragua pour soutenir les petits paysans dans l’amélioration de leurs techniques agricoles et ainsi favoriser leur sécurité alimentaire. Sa contribution est efficace : il prolonge aujourd’hui son engagement de 3 ans et nous raconte cette vie dans les montagnes !

« A mon arrivée au Nicaragua, avec le responsable local de Comundo, nous nous sommes rendus à Matagalpa, où se trouve le siège de l’ADDAC, l’organisation avec laquelle je travaille désormais. J’ai été reçu chaleureusement par les responsables avec du café produit par les familles paysannes associées. Le premier mois a été consacré à la compréhension de l’organisation et du contexte. J’ai eu la chance, la première semaine, de me rendre sur le terrain lors d’une fête de la récolte organisée avec l’une des communautés paysannes partenaires. Cela m’a permis de me faire une première impression de la réalité de la population rurale. Pour cette première année, l’objectif de mon projet était d’évaluer le niveau d’appropriation de l’agroécologie dans cette organisation et auprès des paysans bénéficiaires. »

Fort des connaissances acquises, j’ai pu rapidement commencer mon travail d’analyse, dans le but de faire des recommandations pour le déploiement de l’approche agroécologique. Celle-ci permet une sécurité alimentaire et nutritionnelle accrue dans un paysage autrefois habitué uniquement au maïs et aux haricots.

Abonnez-vous aux lettres de nouvelles du projet envoyées 2x par an !

 

S'abonner aux nouvelles

Une fois tout le matériel prêt, il était temps pour moi de prendre une moto, mise à disposition par l’organisation partenaire, et de me rendre dans les différentes zones où l’ADDAC mène des projets. Heureusement pour moi, la saison des pluies était, dans la plupart des zones terminée et je n’ai ainsi que peu fait usage de mon k-way.

Afin d’obtenir les données nécessaires à mon analyse, nous avons décidé de mener des discussions de groupes et des visites individuelles à une palette de productrices et de producteurs. Nous avons sélectionné les participants de manière à avoir des petites et grandes propriétés, une expérience plus ou moins longue de l’agroécologie, une conviction plus ou moins grande, etc.

La pollution par les emballages de pesticides

Au retour de la saison des pluies, c’est également le début des cycles de culture et, avec cela, l’utilisation de produits phytosanitaires. Les emballages de ces produits sont bien souvent traités comme des déchets normaux, voir pire : réutilisés à d’autres fins.

Ils sont souvent laissés sur le champ, jetés autour des maisons ou sur la route. Avec les pluies parfois torrentielles, ces emballages finissent dans les cours d’eau, puis poursuivent vers des lacs, mers et océans, affectant tous les organismes vivants dans l’eau. Certains utilisent même les emballages pour transporter de l’eau potable et la boire ensuite. Je vous laisse imaginer les risques pour la santé que cela peut poser de boire de l’eau d’une bouteille ayant contenu du glyphosate.

L’ADDAC entreprends de sensibiliser les communautés paysannes au triple lavage de ces contenants et à leur perforage pour être sûr qu’ils ne seront plus utilisés. De plus, nous organisons des journées de collectes de ces emballages afin qu’ils ne finissent pas dans des cours d’eaux. L’association nicaraguayenne des formulateurs et distributeurs de produits agrochimiques y collabore en prenant à sa charge le transport et l’élimination des emballages collectés.

Parmi ces entreprises productrices et vendeuses d’agrochimie, il y a évidemment la suisse Syngenta. Cette dernière, grâce à une législation suisse à peine hypocrite, peut produire en Suisse et exporter des produits phytosanitaires qui sont depuis longtemps bannis du territoire helvétique. C’est, par exemple, le cas du paraquat qui est interdit d’utilisation en Suisse depuis 1989 pour sa toxicité et qui continue d’être largement utilisé dans des pays du Sud. Ici, il est vendu sous le nom de Gramoxone.

Un paysan convaincu par l’agroécologie

Lorsque Juan Pablo Ruíz Urutia a acheté sa propriété, c’était un pâturage en mauvais état, surexploité et mal entretenu. Ici, c’est d’ailleurs souvent le cas : les connaissances pour une bonne gestion des prairies font défaut. Ainsi, une partie des éleveurs bovins vendent leurs terres pour aller s’installer plus loin, détruisant la forêt et recommençant la même mauvaise gestion.

Cette action est possible grâce à vos contributions. Un grand merci pour votre générosité !

 

Faire un don

Après s’être intoxiqué avec des produits chimiques, sa vision de l’agriculture a changé. Devenu conscient du danger pour sa santé, soucieux de l’environnement et clairvoyant que, en l’état, ses terres n’allaient pas produire grand-chose, cet homme ne sachant ni lire ni écrire, a décidé en concertation avec sa femme d’opter pour une autre approche. Il s’est mis à l’agroécologie, adoptant ce qu’il apprenait durant les journées avec l’ADDAC. Sa curiosité et son intérêt pour essayer de nouvelles choses font de cet agriculteur de 62 ans une personne précieuse pour la transmission de « nouvelles » techniques agricoles. Son exploitation sert souvent de ferme modèle.

Il a reboisé ses terres avec diverses essences, certaines pour les fruits, d’autres pour le bois. Aujourd’hui, il cultive principalement du café et du cacao sur 3,15 ha et, sur les 0,21 ha restants, les grains de base, à savoir le maïs, les haricots rouges et le riz. Le café et le cacao sont cultivés dans un système agroforestier, à l’ombre des arbres plantés. La fertilisation de ses cultures se fait avec un lombricompost et diverses macérations à base de purin. Il fait ainsi l’impasse sur l’achat d’engrais de commerce et n’utilise pas non plus de produits phytosanitaires de synthèses, leur préférant des solutions naturelles, réduisant au passage ses dépenses.

Malgré la petite taille de l’exploitation, grâce à la diversification, sa famille en vit, certes noblement, mais bien mieux que s’il avait continué sur la voie de l’élevage ou de la production laitière. Selon ces propres dires, l’agroécologie permet de maintenir des sols productifs, produire des aliments sains et est plus respectueux de l’environnement.

On continue !

Après une année d’engagement avec Comundo au sein de l’ADDAC, j’ai la chance de pouvoir poursuivre ma mission pour 3 ans. Cette première année a permis de réaliser un diagnostic sur le niveau d’appropriation de l’agroécologie dans cette organisation et auprès des paysans bénéficiaires. Les résultats de ce travail ont semble-t-il convaincu l’ADDAC qui a désiré continuer avec moi. Je me réjouis désormais d’œuvrer plus avant pour augmenter l’acceptation par les paysans et diffuser plus massivement les pratiques agroécologiques dans ces communautés. Merci d’avoir lu mon témoignage jusqu’au bout. Des nouvelles viendront prochainement quant à l’évolution de ce projet. N’hésitez pas à vous abonner à ma lettre de nouvelles !

Abonnez-vous aux lettres de nouvelles du projet envoyées 2x par an !

 

S'abonner aux nouvelles

De Ludovic Schorno | 17 décembre 2020 | Nicaragua

Partager cet article !

 

0 Commentaires

Ecrire un commentaire

Faites-nous savoir ce que vous en pensez !

 


Ludovic Schorno

Agronome, de la région de Morat (FR)

E-Mail

Ludovic Schorno travaille avec notre organisation partenaire ADDAC dans le nord du Nicaragua pour améliorer les conditions de vie d'environ 3 000 familles de petits exploitants. Ils bénéficient d'un transfert de connaissances sur l'agriculture biologique, de la création de banques de semences et de coopératives, de crédits, du développement de leurs réseaux de vente et de création de revenus alternatifs.
 

plus d'info sur le projet

Lettres de nouvelles

Recevez 2x par année la lettre de nouvelles de Ludovic Schorno, relatant les avancées et la vie du projet. Abonnez-vous !

 

S'abonner

Soutenir ce projet

Cette action n'est possible que grâce à vos contributions. Un grand merci pour votre générosité !

 

Faire un don

Revue HORIZONS

Cet article est une extension d'un article publié dans notre revue HORIZONS, relatant les 5 étapes d'un engagement de coopérant·e. Consultez ou commander le numéro spécial !

 

Magazine HORIZONS