Crise électorale et politique en Bolivie

Depuis les élections présidentielles du 20 octobre, une grande partie de la Bolivie est marquée par des troubles, des tensions et des blocus. Nos coopérant·e·s sur le terrain sont évidemment aussi touchés par l'état d'urgence. Le départ du Président Evo Morales et l'annonce de nouvelles élections n’a pas détendu la situation. Etat de la situation, vidéo des événements et interview de coopérant·e·s dans le pays.

Images des événements

Vidéo documentée par notre coopérante Nicole Maron. Les sous-titres sont en allemand, mais les images parlent d'elles-même !
   

Etat de la Situation

La situation en Bolivie évolue tous les jours, si ce n’est toutes les heures. Marta Pello, coordinatrice de COMUNDO dans le pays explique : « Dimanche 10 novembre, le Président Evo Morales a annoncé de nouvelles élections et un nouveau Tribunal électoral suprême après qu'un rapport préliminaire de l'Organisation des États américains (OEA) eut annoncé de graves lacunes dans le processus électoral. Au cours de la journée, des hauts fonctionnaires ont démissionné par crainte pour leur vie et la sécurité de leur famille. Les dirigeants de l'armée ont encouragé Evo Morales à démissionner afin de pacifier le pays, ce qu’il a fait le soir même. Après cette annonce, des célébrations ont eu lieu dans les rues. »

Mais un apaisement de la situation n'est pas encore en vue, comme le dit notre coopérante Nicole Maron : « La situation est chaotique même après la démission du président. Les cartouches de dynamite explosent, les maisons sont incendiées, les gens dans les rues sont attaqués à coups de matraque et même d’armes à feu et les supermarchés sont pillés. Les différentes parties se rejettent la responsabilité et prétendent que l'autre partie appelle à la violence. C'est particulièrement le cas à El Alto et à La Paz. A Santa Cruz, la situation est relativement calme. Nous suivons la situation en continu. »
 

Interview de la coordinatrice du Programme COMUNDO en Bolivie Marta Pello

Vingt coopérant·e·s de COMUNDO et INTERTEAM (rejoignant nouvellement l’organisation) travaillent actuellement en Bolivie dans des organisations partenaires (liens vers les projets ci-dessous). Ils/elles ont été préparé·e·s à  ces situations exceptionnelles dans le cadre d'une formation avant le départ. Dans un entretien, la coordinatrice du programme sur place Marta Pello explique comment les coopérant·e·s sont affecté·e·s par la crise et comment ils/elles affrontent les restrictions. Si la situation est très compliquée, elle relate pourtant : « Pour l'instant, il n'y a pas de problème de sécurité majeur pour les coopérants ».

Marta Pello, comment gérez-vous avec les coopérant·e·s le quotidien marqué par les évènements dans la rue, les tensions et les blocages ?
Nos coopérant·e·s font preuve d'une grande empathie, d'une bonne gestion des conflits et d'une grande tolérance à la frustration. Nous sommes en contact permanent les uns avec les autres via WhatsApp et par téléphone.
 
Toutes les régions du pays et tous les coopérant·e·s sont-ils/elles également touché·e·s par la crise ?
La situation dans les régions du pays est différente et en constante évolution. Tout le pays est divisé.

Comment la situation d'insécurité affecte-t-elle le travail et la vie quotidienne des coopérant·e·s ?     
La plupart des coopérant·e·s travaillent actuellement à domicile. Nous évaluons en continu si ils/elles peuvent retourner dans les organisations et comment ils/elles peuvent continuer leur travail. Nous faisons des recommandations quotidiennes et analysons la situation sur la base de rapports de personnes de confiance qui vivent dans les différentes régions et qui ont des informations pertinentes.

Comment évaluez-vous le risque pour la sécurité de nos coopérant·e·s ?
Pour l'instant, il n'y a pas de problèmes de sécurité majeur. Nous avons accès aux médias, à Internet, à la nourriture et aux boissons. La mobilité est limitée, mais il n'y a pas de danger immédiat pour nos coopérant·e·s. Cependant, ils/elles ne doivent pas s'exposer à des situations à risque, voyager ou photographier des conflits.

Existe-t-il une équipe de crise qui évalue les risques pour la sécurité des coopérant·e·s ?
Nous avons une équipe de surveillance de la sécurité avec diverses associations : GIZ, INTERTEAM, Eirene, Pain pour le prochain, Caritas et d’autres organisations. Nous nous réunissons deux fois par semaine pour avoir un aperçu de la situation actuelle. Dans un groupe Whatsapp, nous nous tenons au courant des dernières nouvelles et suivons les recommandations des ambassades. Nos organisations partenaires ont la responsabilité, si nécessaire, de nous informer de la situation sur leur territoire, notamment en ce qui concerne la situation de nos coopérant·e·s.

Existe-t-il des règles de conduite concrètes pour nos coopérant·e·s ?
Nos coopérant·e·s ont signé un code de conduite avant de partir. Par conséquent, ils/elles ne doivent pas devenir politiquement actifs/ves dans le pays où ils/elles sont engagé·e·s. Ils/elles peuvent transmettre des informations à la Suisse, à condition que cela ne soit pas fait au nom de COMUNDO. Dans leurs activités, nos coopérant·e·s soutiennent pourtant les organisations partenaires également dans leur travail de communication et dans leurs prises de position. Voici le mode de fonctionnement requis, à l’image d’un exemple : un·e coopérant·e peut s'engager pour la protection de l'environnement au sein d'une organisation, mais il est impératif qu'une personne du pays dirige le groupe de travail concerné. Notre coopérant·e peut soutenir le groupe, mais ne doit pas être le/la protagoniste.

Si la crise en Bolivie devait durer plus longtemps, que cela signifierait-il pour le travail de nos coopérant·e·s dans les organisations partenaires ?
En raison d'une mobilité limitée, nous avons jusqu'à présent dû cesser plusieurs activités. Il en résulte un retard dans la mise en œuvre des projets prévus. Nous devrons également réfléchir à des stratégies pour faire face à cette situation, qui peut aussi être psychologiquement stressante.

Quel rôle joue le fait que le président controversé Evo Morales soit d'origine autochtone ? Cela pourra-t-il être contre-productif pour l'égalité ethnique ?
Cette question part d’un point de vue extérieur. Certaines analyses cherchent à réduire la situation actuelle à un conflit entre autochtones et non-autochtones et entre populations rurales et urbaines. Cependant, le contexte dans lequel nous évoluons est plus complexe et hétérogène. La polarisation est si forte que la plupart des voix appelant au dialogue ou à une solution pacifique sont perdues. Le racisme et la discrimination sont enracinés dans l'histoire et façonnent l'imagination collective. La situation actuelle montre que la société bolivienne est encore très marquée par des modes de pensée coloniaux et patriarcaux et des valeurs très conservatrices.

Les projets de COMUNDO en Bolivie

Les projet d'INTERTEAM en Bolivie

Interview : Christa Arnet
Photo : Manifestation pacifique à La Paz © Janis Greminger

 

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